Iarive - Regrets

Iarive  

 

Salut, terre royale où mes aïeux reposent

grands tombeaux écroulés sous l’injure du temps :

et vous, coteaux fleuris, que des fleuves arrosent

avec leurs ondes d’or aux reflets éclatants !

 

Salut, village rouge aux tuiles primitives

sur lesquelles, parfois, bondit le beau levant

vieux murs que, le matin, de leurs chansons plaintives,

les filles d’Imerne animent en rêvant !

 

Je vous salue aussi, montagnes éternelles,

immuables témoins de notre âge aboli,

où l’on cherche à savoir ce que cachent en elles

les pierres-des-anciens au fronton démoli !

 

Je voudrais divertir mes pensées et mes rêves

parmi vos grands débris et vos charmes mourants,

et jouir près de vous de mes heures de trêves,

ô pays d’Inconnus, de Héros et de Grands !

 

Au lever du soleil, les pâtres, les bergères

charmeront au-dehors, précédent leurs troupeaux ;

les gammes de leurs chants, naïves et légères,

berceront mollement mon somme et mon repos.

 

Et lorsque soufflera la brise matinale

à travers ma fenêtre en bois minces et bleus,

je sortirais humer de la fleur vaginale

l’encens doux et naissant et le parfum frileux ;

 

Puis vers d’autres plaisirs s’en iront mes délices,

et je viendrai bientôt, parmi les paysans,

acclamer la moisson et fêter les prémices,

en agitant dans l’air nos épis mûrissants.

 

Mais soudain, me viendront les grandes faims mystiques,

car vos ombres, mes morts, émigreront en moi,

et, près de nos tombeaux aux murailles antiques,

je courrai murmurer ces mots remplis d’émoi :

 

« O mon vain cœur, c’est là, sous ces vastes ruines

sur lesquelles s’abat un essaim de corbeaux,

c’est là qu’enveloppé d’un manteau de bruines,

un jour tu pourriras ! C’est là, dans ces tombeaux ! »

 

Vainement je tairai les sanglots de mon âme,

ô Pays de repos, de trêve et de loisirs ;

trouverai-je jamais le magique dictame

qui puisse, un long moment, combler mes déplaisirs ?

 

 

Jean-Jacques Rabearivelo

 

 

 

Regrets

 

Six routes

partent du pied de l’arbre-voyageur :

la première conduit au village de l’oubli,

la seconde est un cul-de-sac,

la troisième n’est pas la bonne,

la quatrième a vu passer la chèvre-aimée

mais n’a pas gardé la trace de ses pas,

la cinquième est pour celui que mord le regret,

et la dernière…

je ne sais si praticable.

 

Flavien Ranaivo

 

 

 


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