L’orientation des maisons traditionnelles et les destins

Les Malgaches accordent une grande importance aux points cardinaux. Les directions ont chacune leur force symbolique. L'Ouest, où le soleil se couche, correspond à la direction de la vie quotidienne ; l'Est, où le soleil se lève, où l'on prie les ancêtres, est la direction sacrée ; le Nord est la direction honorifique alors que le Sud est la direction maléfique. Les maisons traditionnelles sont construites suivant ces directions et sont également sous influence des destins. Quel que soit son matériau de construction, la maison a une forme rectangulaire. Orientée nord-sud, elle est une représentation en miniature de l’année lunaire. La lune, qui accomplit symboliquement sa révolution autour de la maison, représente le destin. L’année est symbolisée par le périmètre de la maison dont les 4 coins représentent les destins majeurs, les angles de l’univers « zoron-tany » sont le Nord-Est (Alahamady), le Sud-Est  (Asorotany,. le Sud-Ouest (Adimizana) et le Nord-Ouest (Adijady) et

Les 8 autres mois, avec leurs deux destins mineurs, sont placés par deux le long des 4 murs.

1.Alahamady. Premier mois de l’année. Au coin Nord-Est « zoro-firarazana » (conjonction de la sainteté et du pouvoir) qui est réservée aux grands-parents, aux aïeux. On y prie les ancêtres, on y couche le mort avant de le déposer dans le tombeau familial et on y installe les objets sacrés. C’est là qu’on dépose parfois cachés très soigneusement dans une petite corbeille à couvercle, installée sur une étagère ou suspendue à une cheville, les « ody » ou « sampy ». Plus au nord, est installé le lit des parents, le long du mur de telle manière qu’on ait les pieds vers le sud, la tête au nord. Le bonheur et la richesse viennent par le Nord. Le Nord symbolise le pouvoir, c’est la place d’honneur des gens importants. Les esclaves ne devaient sous aucun prétexte s’y installer. C’est donc à cette place d’honneur que vont s’asseoir les hommes ainsi que l’étranger que l’on accueille. Les armes et les angady (bêches) sont posés le long du mur Nord ou le lon du pilier Nord. Les gens nés en Alahamady ne doivent pas quitter la maison à midi ou à 6 heures. Mitatao toatra na maty masoandro.

2 et 3. Adaoro et Adizaoza à l’Est. La direction de la prière aux ancêtres, aux puissances intermédiaires et à Dieu. Partie de la maison considérée comme excellente parce que c’est de ce côté qu’éclate le soleil. C’est par l’Adizaoza que la femme passera ou sortira si son mari entre ou sort en même temps qu’elle. Adizaoro est le destin du froid qu’il ne faut pas contrarier. Ceux qui sont nés en Adaoro doivent prendre garde quand ils construisent une maison : elle sera facilement la proie des flammes. Pour éviter cette mésaventure, il faudra faire une petite case de bois ou de paille et la brûler comme faditra, tandis que les voisins de répandront en vœux.

4. Asorotany au coin Sud-Est où doivent être entreposé tout ce qui n’est pas d’utilité immédiate ainsi que les choses malpropres. C’est la place du « fisoko », de la volaille ou du petit bétail. Celui qui est né en Asorotany est tenu de construire sa maison au Sud du village.

5 et 6. Alahasaty et l’Asombola au Sud. C’est là que se trouvent le mortier, le pilon à riz et tout ce dont on a besoin pour les cultures. C’est de ce côté que le veau doit être attaché au poteau. Tout ce qui fait gagner de l’argent doit être déposé en Asombola « asombola vitam-panaka » destin des meubles. Les esclaves ne dépassaient pas la ligne de partage établie par le foyer : ils restaient bien au Sud (atsimom-patana), partie des esclaves et de la soumission.

7. Adimizana au coin Ouest où l’on bat le riz pour le décortiquer à côté de l’unique porte de la maison. On retient là ce qui est bon afin que cela ne puisse plus sortir.

8 et 9. Alakarabo et Alakaosy à l’Ouest. C’est dans cette partie que se trouve l’unique porte de la maison parce que de ce côté le soleil diminue et qu’il faut jeter tout ce dont on ne peut plus servir. C’est la direction du profane et des humbles. Le Nord ne peut être souillé mais l’Ouest est spécialement réservé à tous les rebuts inévitables. En Alakaosy, qui se trouve à l’Ouest du foyer, on y installe le lit d’une femme en couche. C’est là que doivent être transportés les agonisants.

10. Adijady, au coin Nord représente le destin de l’immortalité. C’est là que se trouve la fenêtre. On ne peut ni entrer ni sortir par une fenêtre. C’est là qu’on enterre souvent une grosse pierre ou les os et les cornes d’un zébu sacrifié, garantissant ainsi la solidité et la durée de la maison.

11 et 12. Adalo et Alohotsy au Nord, place des femmes en temps ordinaire. En cas de deuil, c’est en Adalo que vont s’asseoir les affligés « tompon-alahelo ». C’est également là que la mère va bercer son enfant quand il pleure. C’est en Alohotsy que sont suspendus le sac à cuillers, les petites choses des enfants ou les bibelots, le miroir.

A l’intérieur de ce volume orienté, les objets, peu nombreux, sont disposés selon un ordre strict et significatif. Etre désordonné aurait signifié ne pas respecter l’ordre du monde. L’aménagement intérieur correspond au rythme quotidien des habitants. Les choses sont en adéquation avec les rythmes cosmiques. L’ameublement de la pièce répond bien à des impératifs astrologiques et l’ensemble est toujours construit pour être orienté vers l’Ouest. A l’intérieur le sol est divisé en 3 zones : favorable, neutre ou peu sure et défavorable.

Le toit est soutenu par une poutre faîtière reposant sur 3 piliers, un au Sud, un au Nord et celui du centre près duquel est installé le foyer. La maison remplissait pour la famille des rôles variés en sus de rôle protecteur fondamental. Ouvrant à l’Ouest et grâce à la disposition stricte des piliers et des objets qu’elle contenait, elle servait d’horloge, l’heure se repérait en fonction des points qu’atteigne le soleil dans sa trajectoire. Elle servait surtout de calendrier pour la semaine grâce à la disposition des 7 destins sur son périmètre et pour l’année grâce à celle des 12 destins. Cette saisissante intégration du temps dans le microcosme domestique permettait un apprentissage précoce par l’enfant du passage du temps mais aussi du symbolisme de l’espace naturel et social confondus.


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