Tsingory le danseur


Angano, angano, arira, arira, izaho mitantara ianareo mihaino…

Au temps du Roi Andriampandramanenitra, dont le nom est si long à prononcer, vivait Tsingory, un jeune garçon qui, plus que tout au monde, aimait la musique et surtout la danse.

Au rythme des moindres sons harmonieux entendus au hasard de ses promenades, à tout moment du jour et de la nuit, il exécutait les pas les plus variés et les plus gracieux.
Ses longues jambes fines et ses pieds agiles ne semblaient plus alors toucher terre. Il dansait, il dansait… et ne ressentait aucune fatigue.

Un jour, Tsingory apprit que le Roi possédait un oiseau extraordinaire qui, disait-on, pouvait sans arrêt égrener les trilles et les roulades les plus difficile. Ils sortaient des notes cristallines et plongeaient le Roi et son entourage dans un enchantement  total.

Aussi,  Andriampandramanenitra adorait-il cet oiseau, que ses courtisans gardaient et surveillaient jalousement.
Tsingory n'eut plus qu'un rêve : s'emparer de l'oiseau. Il se disait :
- Que de jolis pas de danse ne vais-je pas inventer, inspiré par ses chants mélodieux… à nous deux nous allons créer des merveilles et je deviendrai le danseur le plus célèbre du pays.

Tsingory habitait avec sa mère une petite maison abritée par les grands bananiers, à l'écart du village.
Une nuit, alors que tout dormait, Tsingory, bien enveloppé dans son lamba (écharpe traditionnelle malgache), sortit et se glissa dans l'ombre, guidé par le chant de l'oiseau que le Roi laissait en liberté, le soir.
Perché sur le toit pointu de la case royale, l'oiseau chantait éperdument.
Ce soir là, il faisait un clair de lune splendide. Les gardiens, bercés par le chant délicieux, dormaient profondément et n'entendirent pas l'agile garçon qui eut vite fait d'escalader le toit et de s'emparer de l'oiseau, qui continuait à chanter.
Mais en se glissant à terre, Tsingory serra involontairement l'oiseau un peu trop fort, sous les plis de son lamba.
L'oiseau tomba à terre, étouffé. Le chant magique se tut brusquement et cela eut pour effet de réveiller les gardiens.
La lune, qui s'était cachée un moment derrière les nuages, reparut et ils aperçurent une ombre qui fuyait. A terre gisait le pauvre petit corps de l'oiseau que Tsingory avait abandonné.

Les gardiens bondirent à sa poursuite et le virent rentrer chez lui.
Tsingory mit sa mère au courant de ce qui était arrivé. Effrayée, la pauvre femme n'eut plus qu'une pensée : cacher son fils, car elle savait que les colères du Roi étaient terribles.
Elle dit à Tsingory de se coucher sur un tsihy (natte de jonc). Elle l'enroula et le posa debout contre le mur. De cette façon, personne n'airait l'idée de le chercher là.
Bientôt, les courtisans alertés par les gardiens arrivèrent et, sachant l'amour de Tsingory pour la musique, ils se mirent à chanter en s'accompagnant de tambours et de valihas.

" O Tsingory es-tu là ?
" Toi qui as l'oiseau du roi ?
" O Tsingory …."

Tsingory aimait beaucoup cet air là, mais il ne bougea pas.
Les courtisans répétèrent le chant en y ajoutant des variantes encore plus mélodieuses :

" O Tsingory où te caches-tu?…"


Tsingory ne bougeait toujours pas, mais son cœur battait à la cadence de la musique.
Les courtisans appelèrent encore d'autres musiciens réputés. Cela formait un chœur immense et magnifique qui entonna sur l'air d'une chanson célèbre :

" O Tsingory es-tu là ? …"
Une chanteuse de grand talent redit les phrases et sa voix suave montait, accompagnée en sourdine par le battement des mains des choristes, le bourdonnement des tambours et le murmure des vahilas.
Alors, Tsingory n'y résista plus et bougea tant que le tsihy roula à terre.
- Tais-toi, tais-toi suppliait la mère. Ils te tueront.
Mais la voix de la chanteuse se fit encore plus captivante :

" O Tsingory es-tu là ? … "
Tsingory se démena tellement dans son tsihy qu'elle s'ouvrit et il bondit hors de la maison.
Il se mit à exécuter une danse incomparable. Ses pas et ses mouvements étaient d'une grâce si parfaite que les musiciens ne s'arrêtèrent pas de jouer et de chanter pour qu'il continue.

Le Roi, averti, accourut et se montra émerveillé :
- Je ne veux pas qu'un si grand artiste soit mis à mort, dit-il. Je veux qu’il soit premier danseur du royaume, car, s'il a voulu prendre mon oiseau, ce ne fut pas dans une mauvaise intention, mais pour perfectionner son art.

A cet instant, on entendit une cascade de trilles, de roulades et de notes perlées, qui étaient comme une approbation aux paroles du Roi. Tous se taisaient et regardaient l'oiseau qui arrivait à tire d'ailes, plus vif que jamais, car Tsingory ne l'avait pas tué mais seulement étourdi pendant quelques heures.
L'oiseau se posa sur l'épaule du Roi et, au son de la plus belle musique, le cortège, précédé du Roi, de l'oiseau et de Tsingoy, retourna vers l'habitation royale.

Cependant, seule dans sa petite case abritée par de grands bananiers, la mère de Tsingory, fière du succès de son fils, tranquillement se mit à rouler la natte désormais inutile. Que lui importait d'être oubliée puisque son fils était heureux !

Conte, conte, ce n'est pas moi qui suis le Menteur...Ce sont les ancêtres.


Angano, angano, arira, arira, izaho mitantara ianareo mihaino…(conte, conte, légende, légende, je raconte, vous écoutez)

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